MATCH REPLAY. Le jour où... P.S.G rend hommage à Hechter en cognant l'O.M.

Les Parisiens font-ils payer aux Marseillais, ce dimanche 8 janvier 1978, l'éviction de leur président Daniel Hechter quelques jours plus tôt ? Plus de trente mille spectateurs se sont massés dans les tribunes du Parc des Princes pour assister à ce match de gala, parmi lesquels quelques « invités » surprises. Sur le pré, P.S.G entame la rencontre droit vers le but olympien. Dès la deuxième minute, Mustapha Dahleb s'enfonce dans la surface et mystifie la défense marseillaise en dribblant trois adversaires. Sa frappe heurte le montant et échoue dans les pieds de Carlos Bianchi qui, bousculé, obtient un pénalty que le buteur argentin rate. Excès de précipitation ? L'O.M reprend alors son souffle et bénéficie à son tour d'un péno en ce début de partie très intense. Boubacar, futur parisien, exécute la sentence et permet à Marseille de faire la course en tête (12ème). Paris subit et résiste, se contentant des contre-attaques de son duo Dahleb-Bianchi. Les Parisiens reviennent pourtant après une demi-heure lorsque François Brisson égalise d'un tir du gauche dans la lunette de Migeon. C'est le début de la démonstration des hommes de Larqué. Juste avant la pause, Dahleb, opportuniste sur une frappe repoussée par le gardien olympien, donne l'avantage aux Parisiens (44ème). C'est la fête dans les vestiaires et sur la pelouse. Car P.S.G attaque la seconde période les crampons affûtés. Philippe Redon tire un corner et Marius Trésor marque contre son camp (46ème). Une poignée de minutes plus tard débute le show François M'Pelé. Ce dernier transforme le troisième pénalty de la soirée sifflé par l'arbitre Mr Wurtz (49ème) puis conclut le score d'une superbe frappe de 25 mètres. Paris atomise Marseille (5-1) sur la pelouse mais l'autre match se joue en tribunes. La C rouge. Celle choisie par Daniel Hechter pour assister au choc de la 23ème journée en qualité de spectateur et supporter du P.S.G.

Le style Carlos Bianchi.

Deux jours plus tôt, en effet, le 6 janvier, le patron-couturier n'est plus président du club : radié à vie par la F.F.F de toute activité dans un club professionnel pour une sombre affaire de double billetterie. Lâché par son propre camp, Hechter est l'homme à abattre aux yeux de tous et c'est en simple mortel qu'il se dirige vers le chemin du Parc. C'est un plébiscite pour le paria du foot français qui reçoit un accueil chaleureux du public parisien. « ... Je me glisse jusqu'à ma place. Je croise quelques visages familiers, confie l'ex-président dans son livre « Le Football Business ». Soudain, venant du fond de la tribune, les premiers applaudissements. On crie « Hechter avec nous ! » Toute la tribune, debout, reprend, hurlante : « Hechter président, Hechter président ! » En quelques secondes, le public parisien reconnaît mes cinq années de lutte. Je l'entends et retiens difficilement mes larmes. Je suis heureux. Et triste. » L'émotion gagne l'ancien président, touché par un vibrant hommage qui s'étire jusqu'à la fin de la partie. « A cet instant, écrit le couturier, un supporter jaillit : « 5-1. Nous avons notre revanche. Ils étaient cinq juges contre vous. » Au coup de sifflet final, Jean-Michel Larqué s'empare du ballon et fait signe à Dahleb de l'offrir à celui qui le fît venir dans la capitale. Hechter, pris dans une marée populaire, est propulsé en tribune présidentielle. Dahleb lui tend le ballon, et l'embrasse. Puis, c'est au tour des autres : M'Pelé, Bianchi, Pilorget... Les joueurs hissent Hechter sur leurs épaules. Il pleure. Le public hurle sa colère : « Chirac démission... Brûlez la Fédé... Sastre et Sadoul au poteau... » Daniel Hechter quitte le Parc en président déchu mais pas abattu. Il se fend d'un simple « au revoir » au public parisien avant de passer le reste de la soirée à jouer à la belote chez un ami. Le 19 décembre 1980, la décision du comité extraordinaire des cinq responsables de la Ligue de Football est invalidée en appel. Une revanche pour le couturier qui suit désormais le clasico d'un œil distrait.

Le style Carlos Bianchi (bis).


1 commentaires:

  1. Je n'avais jamais entendu parler de cette histoire. Très intéressant.

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