DYNAMO KIEV. Une équipe slave to love.

Comme Ajax au tout début des années 70, Dynamo Kiev fait aussi sa petite révolution à l'Est, bouleversant les conceptions du jeu avec un football « total » et moderne bâti sur le modèle néerlandais, discipline et jeu en mouvement, une touche personnelle et typiquement soviétique en sus avec une approche scientifique sur le métier. A la tête de cette innovation, un homme - Valeri Lobanovski - un ancien joueur formé au club (1957-64) qui expérimente d'abord ses méthodes d'entraînement à Dniepropetrovsk avant de revenir sur le banc du Dynamo en 1973, vite rejoint par son assistant et ancien coéquipier, Oleg Basilievitch, avec qui il partage nombre d'idées novatrices sur le football. Grâce au duo avant gardiste, Dynamo entame alors une période de domination sur le championnat soviétique dans un premier temps, et partout en Europe dans un second, à l'instar du grand Ajax de Cruyff qu'il renvoie à ses études, filant à l'occase un bon coup de pompe au cul des grands clubs européens vieillissants.


- Dynamo Kiev et son magic bus -

La marche en avant du Dynamo Kiev débute en fait à partir de 1961. Le club ukrainien enlève le titre dans un championnat d'URSS dominé jusqu'alors par les clubs moscovites depuis sa création officielle en 1936. Une hégémonie sans partage qui laisse des miettes à la concurrence, Dynamo remportant son premier trophée en 1954 avec la coupe d'URSS. L'An I d'une révolte dirigée par l'entraîneur de l'époque, Viatcheslav Solovev, secondé ensuite par le progressiste Victor Maslov (1964-70) qui prend les rênes de l'équipe au milieu des années 60. Sous son impulsion et grâce à son esprit visionnaire, Maslov qui appuie ses méthodes sur le pressing innove en matière de récupération en basant son travail sur la nutrition et la remise en forme de ses joueurs, Dynamo Kiev accumule les victoires et remporte successivement trois titres de champion (1966, 67 et 68). Le premier d'entre-eux est même accompagné par un « doublé d'or », l'AOC soviétique pour définir le doublé coupe-championnat, un exploit réédité en 1974 qui permet à Kiev d'accéder au Panthéon du football soviétique puisqu'en 40 ans d'histoire à l'époque, seuls 5 clubs parviennent à réaliser cette performance: Spartak (3 fois), C.S.K.A (2), Dynamo et Torpedo (1), tous moscovites, et les Arméniens Ararat Erevan (1).

 - Les méthodes d'entraînement de Lobanovski. Révolutionnaire ! -

Entré de plain-pied dans une ère moderne, Dynamo Kiev confirme son essor au commencement des seventies entamées par un nouveau titre de champion (1971) sous les ordres d'Aleksandr Sevidov, ancien manager du Dinamo Minsk. Licencié deux ans plus tard à la suite - raison officielle - d'une défaite dans le temps additionnel d'une finale de coupe d'URSS à rebondissement contre Ararat Erevan (1-2) alors que l'équipe mène au score jusqu'à la dernière minute, instant choisi par les Arméniens pour égaliser et prendre l'avantage dans la foulée, Sevidov, qui entre-temps a jeté dans le grand bain toute une génération de jeunes joueurs talentueux dont Oleg Blokhine, est remplacé par Lobanovski, lequel aurait fait jouer ses connexions au sein du Parti Communiste Ukrainien pour prendre le contrôle de l'équipe. Un coup bas pour monter Dynamo Kiev vers le sommet de la hiérarchie européenne.

Oleg Blokhine joue au loto soviétique.

Un règne de 16 ans et des consignes strictes qui laissent cependant la part belle à la prise d'initiative de ses protégés sur un terrain, contrairement au modèle standard du joueur soviétique qualifié d'élève très appliqué à l'époque, telle est la devise du sorcier né à Kiev en 1939. Lequel s'inspire de ses voyages à travers le monde avec son club pour puiser des idées nouvelles sur son travail, comme l'explique son assistant Basilievitch: « Au hasard de nos matches à l'étranger, nous avons chipé ce qu'il y avait de meilleur. Ainsi, nous avons été intéressés par la technique sud-américaine, la puissance de feu des Hollandais, la condition physique des Allemands. Nous avons fait la synthèse à Kiev. Pourquoi le cacher? » Bah oui pourquoi? D'autant qu'un an après son arrivée, le duo ramasse le bénéfice de son boulot, le fameux « doublé d'or » évoqué plus haut, secrètement gardé au camp de Koncha Saspa, le centre d'entraînement du Dynamo où l'équipe travaille technique, tactique et condition physique sous l'égide de l'Institut scientifique des Sports de Kiev. Basilievitch encore au rapport au sujet de la méthode: « Il y a deux phases: l'inter-saison et la saison proprement dite. Nous n'avons rien inventé de nouveau en la matière. La seule chose qui nous différencie sans doutes des autres clubs soviétiques ou étrangers, c'est que nous nous appuyons de plus en plus sur des données scientifiques. Le plus difficile est de rester constamment en pleine possession de ses moyens physiques. Avec l'Institut scientifique des Sports, nous pouvons à tout moment vérifier la forme de chacun et agir en conséquence suivant les tests ». Du Ivan Drago dans le texte qui se traduit par une pêche d'enfer sur le rectangle vert.

- Viktor Kolotov et un arbitre déjà dans le vif du sujet -

Dopés à l'effort du football total, les Blokhine, « Le premier violon de Kiev » ainsi que le surnomme le journaliste Oleg Koutcherenko, Rudakov, le portier géant, Trochkine, l'arrière latéral infatigable, Konkov, Kolotov et Muntian, des milieux au style de jeu inspirés par les Flying Dutchmen et Onichenko, l'autre merveille du Dynamo qui a du Blokhine dans les jambes, sèment la panique sur tous les fronts dès la saison 1974-75. La plus belle du club sur le plan sportif. Auréolé d'un nouveau titre de champion, Dynamo Kiev s'adjuge aussi la coupe des coupes en balayant Ferencvaros (3-1) dans une finale à l'allure de « bataille entre laboureurs hongrois et danseurs du Bolchoï » selon le mensuel Football Magazine, et la supercoupe d'Europe quelques mois plus tard, aux dépens d'un Bayern Münich un peu ringard pour le coup, battu à l'aller comme au retour (1-0/2-0). Dynamo Kiev est un bâton de dynamite qui explose tout sur son passage, et devient le premier club soviétique à obtenir un titre européen. De quoi donner des idées aux dirigeants du Conseil Supérieur du Sport en URSS qui décident, à l'issue de la saison et au vu des résultats, de donner les rênes de la sélection nationale au duo ukrainien. Les deux mentors mènent alors une vie parallèle, partagée entre Kiev et l'équipe d'URSS composée en grande partie et en toute objectivité par leurs protégés, qui aligne parfois même le 11 type du Dynamo. Jamais aussi bien servi que par soi-même comme on dit dans les champs de blé ukrainiens. Paradoxe ou non, Dynamo Kiev ne brille plus trop en coupe d'Europe à partir de cette période, élimination de la C1 en ¼ contre St-Etienne en 76 et Mönchengladbach en ½ l'année suivante, tout en continuant sa récolte sur le plan national: championnat (1977) et coupe (1978).

Dynamo URSS 1975

Les années 80 débutent sur le rythme des seventies finissantes pour Dynamo qui enchaîne toujours les titres nationaux, championnat (1980 et 81) et coupe (1982), mais peine au niveau européen. Une nouvelle génération est en place, Zavarov, Belanov, Rats, Kuznetzov autour d'un Blokhine en fin de carrière, qui ne tarde pas à faire parler d'elle comme au bon vieux temps. A commencer par un doublé coupe-championnat (1985) suivi d'un nouveau titre de champion en 1986. L'année où Dynamo étrille Atlético Madrid à Lyon (3-0) en finale de la C2 presque dix ans après son premier succès en coupe d'Europe. L'histoire est un éternel recommencement puisque les Ukrainiens remportent une autre coupe d'URSS dans la foulée (1987) avant d'embrayer sur le traditionnel « doublé d'or » en 1990. C'est alors que l'Histoire, la grande, prend le pas sur la petite avec l'éclatement de l'URSS à la fin de l'année 1991. L'Ukraine devenue une république indépendante, Dynamo Kiev intègre naturellement le championnat local qu'il domine depuis, sans jamais retrouver son influence au niveau européen, à quelques exceptions près (éliminé de la ligue des Champions en ¼ par La Juve en 1998 et le Bayern en ½ en1999) malgré le retour de Lobanovski sur le banc de 1997 à 2002, date à laquelle il s'éteint des suites d'un accident vasculaire cérébral. C'était un 13 mai, 27 ans jour pour jour après le premier titre européen du Dynamo.
(Un grand merci à Vitali pour les photos d'équipes).

- LA RETRO PHOTO DU DYNAMO KIEV -

- saison 1973-74 -

- saison 1974-75 -

- saison 1977-78 et 1980-81 -

- saison 1981-82 -

- saison 1985-86 -

2 commentaires:

  1. Thank you very much for good pictures. A small zamechanie.V USSR season spring - autumn, not fall - spring.

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