BIO EXPRESS DEGRADABLE. Sylvain Jannaud.

La carrière sportive de Sylvain Jannaud aurait pu prendre la même trajectoire que celle de son illustre partenaire Michel Platini ou de la bande de copains du « Lycée Papillon », surnom donné aux jeunes talents de l'ASNL issus du centre de formation, dont Olivier Rouyer dit « La Rouille », Paco Rubio et Jean-Michel Moutier (« Moumoute ») forment le noyau initial. Or la mauvaise fortune en décida autrement à l'endroit du Haut-Marnais (il est né à Aujeurres le 29 octobre 1952) qui semblait être prédestiné, selon Platoche, à un avenir en Tricolore.

L'ascension de Sylvain Jannaud brille par sa fulgurance. À l'U.S Vesvroise, où André le papa dirigeant mise beaucoup sur le fiston, il enquille les buts à n'en plus compter (plus de 80 au cours de sa dernière saison à Vesvres) et suscite l'intérêt des émissaires des clubs pros français. Et c'est l'Entente Chaumont Athlétic des Cheminots, alors en deuxième division, qui décroche le coquetier en 1971. À l'ECAC, le jeune buteur de dix-neuf ans profite (toujours) de l'air du pays, sa Haute-Marne natale, pour s'épanouir encore un peu plus et ce, dès sa première saison. Sylvain Jannaud tourne à plus de dix buts par saison et s'offre ainsi une belle perspective d'avenir dans le métier, d'autant que le jeune homme est tiraillé entre son statut amateur à Chaumont et son poste d'employé de banque. Un avenir radieux qui ne tarde pas à clignoter en lettres capitales : A.S.N.L. Le président Claude Cuny flaire le bon coup et l'engage à Nancy, tout juste relégué en D2, durant l'été 74 au nez et la barbe d'autres prétendants (Troyes, Metz, Reims).

A.S NANCY-LORRAINE 1974-75
Debout : Carlos Curbelo, Patrick Bernhart, José Lopez, Christian Donnat, Jean Palka, Jean-Pierre Raczinski.
Accroupis : Sylvain Jannaud, Michel Platini, Joachim Martinez, Michel Lanini, Ange Di Caro.

À son arrivée en Lorraine, Sylvain Jannaud est hébergé chez les Platini pendant quelques semaines. Le néo-Nancéien admire d'ailleurs déjà beaucoup Michel, l'étoile montante du football français, arrivé peu de temps avant lui dans le club au chardon. Ce dernier n'est pas non plus avare en compliments au sujet de son partenaire complice. Ainsi, le jour où Platoche honore sa première sélection en équipe de France face à la Tchécoslovaquie (mars 1976), ne tarde t-il pas à la dédier à son copain international amateur (2 sélections / 1 but). Une preuve d'amitié solide à l'égard de son coéquipier, car entre-temps le destin a pris une sale tournure pour Sylvain Jannaud.

La signature de Jannaud à l'A.S Nancy-Lorraine doit être le tremplin d'une carrière prometteuse. Elle annonce malheureusement le début des souffrances. Le jeune attaquant, vingt-deux ans à peine, débute pourtant en fanfare la saison 1974-75 avec un statut de titulaire. Mais au cours du mois de septembre, lors d'un déplacement à Châteauroux (24/9), Sylvain Jannaud reçoit un coup de genou malencontreux au foie de la part... d'un partenaire ! Un geste maladroit qui oblige la nouvelle recrue à une absence des terrains longue de quatre mois et une hospitalisation de plusieurs semaines. À son retour et après de pénibles moments d'angoisse sur sa santé, Sylvain Jannaud participe néanmoins activement à la (re)montée de l'ASNL parmi l'élite (17 matches / 6 buts).

Honoré par un titre de champion de D2 avec Nancy, ses sélections en équipe de France amateurs - la première le 26 février 1975 contre la RFA soldée par un but et une autre face à l'Autriche le 14 mai - et l'admiration de Michel Platini qui lui prédit un futur en Bleu, Sylvain Jannaud peut se frotter à la première division en toute confiance. Elle va le piquer dans sa chair... et son esprit. Au soir d'une victoire contre le LOSC à Grimonprez-Jooris le 3 novembre 1975 (2-1), les dirigeants nancéiens annoncent à Paco Rubio le décès de sa grand-mère. Les obsèques sont prévus dès le lendemain dans la région de Montluçon. Le milieu de terrain est autorisé à prendre la route dans la foulée pour assister aux funérailles. Il est cependant accompagné par deux coéquipiers, Jean-Paul Cohuet et Sylvain Jannaud. Un soutien moral pour affronter l'épreuve et la fatigue du match. Les trois hommes se relaient mais du côté de Nevers, alors que Sylvain Jannaud est au volant, celui-ci perd le contrôle du véhicule sur une route sinueuse et mouillée, au petit matin. C'est l'accident. La voiture, immobilisée sur le bas-côté, est néanmoins peu endommagée. Rubio et Cohuet en sortent indemnes hormis quelques égratignures. Sylvain Jannaud par contre est plus touché. Il se plaint de la tête. Transporté illico à l'hôpital de Nevers pour y subir des examens, il est transféré dans la nuit au centre hospitalier de Clermont-Ferrand pour se faire opérer. Un caillot s'est formé au cerveau. Malgré plusieurs interventions chirurgicales par la suite, l'attaquant lorrain ne recouvre plus ses facultés physiques et cérébrales et devient handicapé à vie. À tout juste vingt-quatre ans, la carrière pleine de promesses de Sylvain Jannaud est déjà finie. Toujours proche des copains du stade Marcel Picot, son esprit vagabonde désormais hors du pré, pourtant son terrain de prédilection. Personne ne l'oublie, pas même en ce jour de mai 1978 quand Nancy ramène la coupe de France en Lorraine. Lui aussi est de la fête sur la photo souvenir au Parc des Princes. Un bel et vibrant hommage pour celui qui s'éclipse définitivement le 26 mars 2005 d'une crise cardiaque. Michel Platini, très affecté par le décès de son ancien partenaire, jette alors un coup d'œil dans le rétroviseur, celui du temps de l'insouciance et les tendres années du « Lycée Papillon ».

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