BIO EXPRESS DEGRADABLE. Olivier Rouyer.

OLIVIER ROUYER.
C'est Olivier Rouyer qui le dit : « Quand je suis sur le terrain, c'est la fête et il ne faudrait pas qu'elle se termine ». Peut-être pour ça que La Rouille a tardé à organiser son jubilé, la quille pour un footeux. Histoire de perdurer son rêve de gosse et continuer la bringue avec les potes dans un coin de sa tête d'éternel adolescent dissipé toujours prêt pour la déconne et les 400 coups. Car avant de commenter les matches sur la chaîne cryptée avec son sourire facile et ses vannes au ras du gazon (maudit), Olivier Rouyer a aussi tâter du ballon avant d'avouer publiquement tripoter les boules de son partenaire officiel. Une bombe dans un milieu où les supporters ont la fâcheuse habitude de donner du sobriquet homophobe, criant haut (hisse...) et fort ce que certains joueurs cachent en secret, par peur des représailles ou des remarques arriérées.

Olivier Rouyer à l'époque où il bûcheronne à Chaumont.

Né à Saint-Max entre Bossis et Nancy le 1er décembre 1955, à deux pas du stade Marcel Picot, le football pour la Flèche, son autre petit nom, rime avec galère et pas trop de cordes à arc dans le club de ses débuts : « […] Lorsque j'étais pupille, je ne parvenais pas à avoir ma place et je rentrais à la maison en pleurant ». Comme une gonzesse diraient les esprits bières-sandwichs à la mi-temps. Mais Olivier ne lâche rien et attend son heure qui arrive dès les minimes. Le petit attaquant (1m70) claque 70 buts en une saison et intègre ensuite la sélection cadet de Lorraine avant de frapper à la porte des juniors de l'ASNL au culot : « Je me suis présenté au siège du club et j'ai demandé une licence dans le plus strict anonymat. Il faut dire qu'à l'époque, je ne pensais absolument pas à devenir pro ». En fait, Olivier a bien une petite idée sur la question. Il arrive à l'A.S Nancy-Lorraine à 16 ans dans le but de progresser et « surtout parce [qu'il] aime le ballon ». Et l'histoire s'emballe. Arrivé en même temps que Platoche, la Rouille s'impose assez rapidement et débute en pro lors de la saison 1973-74 contre Nice, année où Nancy descend en D2. La Flèche est brisée d'autant que les dirigeants nancéiens l'envoient « en stage » dans la foulée à Chaumont pour l'exercice suivant (1974-75). Un purgatoire qu'Olivier ne regrette nullement et lui « permet de [s]' aguerrir physiquement et de renforcer [son] caractère ». C'est vrai que pour le coup, vivre en Haute-Marne doit pas mal aider à se forger un moral d'acier. A son retour de prêt du funky Hot-Mount, la carrière de la Rouille prend de la vitesse. Le pied dans la tôle, Olivier embraye avec les Jeux Méditerranéens à Alger (médaille d'argent pour la France), une place de titulaire à la pointe de l'attaque nancéienne, et construit sa cabane au Canada pour les J.O de Montréal (1976) qui laisse un goût amer à l'intéressé : « Quand nous avons été éliminés (en ¼ contre la RDA), j'ai pleuré comme un gamin ». Ou comme une madeleine toujours selon les bob-merguez des tribunes. Mais Olivier n'est pas amer et continue sur sa lancée-lorraine. Après ses désillusions olympiques de l'été, il honore la première de ses 17 sélections en équipe de France à l'occasion d'un déplacement à Sofia (9 octobre 1976) contre la Bulgarie, pour un match qualificatif à la coupe du Monde en Argentine resté célèbre par l'intervention d'un autre pernod-mocassin en tribune, mais côté commentateur cette fois, qui s'en prend à un Mr Foot qui arbitre comme un pied le salaud. Olivier nage dans le bonheur et batifole sur le pré, collant notamment une reprise de volée à Sepp Maier en amical au Parc un soir de février 1977 contre les champions du Monde en titre, que personne ne voit hormis les spectateurs présents car le match n'est pas retransmis. Lui s'en rappelle comme si c'était hier : « J'ai vu venir le ballon sur mon pied gauche, j'ai tiré comme ça venait et […] tout de suite senti le but ». Une fois encore, la boîte à kleenex entre elle aussi en action après son exploit : « Quand j'ai réalisé, j'ai eu envie de pleurer, vraiment, comme un gosse ». Faut quand même pas pousser Mémé Jacquet dans les chardons. Mais après tout, Olivier est Nancéien, les yeux le piquent, il les frotte. Normal. Des larmes (de joie) qui continuent de lui perler le visage ensuite quand Nancy remporte la coupe de France (1978) sur un but de son ami Platini, et de honte quand, sélectionné pour le mondial argentin, il est obligé comme ses partenaires de porter un maillot de bohémien pour jouer contre des roms hongrois, bien sapés pour l'occase, dans un match comptant pour du beurre.

Pas de doutes, Olivier Rouyer aime bien les poupées.

A partir de ce moment, la carrière de la Rouille prend du plomb dans l'aile (gauche, c'est son pied). En 1978-79, Nancy est qualifié pour la C2 mais ne passe pas deux tours, éliminé par les grenats de Genève qui lui refilent des serviettes parce qu'Olivier n'a plus assez de mouchoirs pour sécher ses larmes. L'année suivante, il voit son pote Platoche partir pour St-Etienne, ce qui le rend triste même s'il récupère le capitanat de l'équipe. Orphelin de son copain de chambrée à l'armée, Olivier Rouyer subit par la suite une vilaine blessure en fin de saison (fracture du tibia) et c'est l'ASNL toute entière qui boite. Les Lorrains sont à la traîne en championnat et stagnent dans le ventre mou du classement. C'est alors que la Rouille décide de prendre l'air à son tour en quittant Nancy pour le R.C Strasbourg à l'été 1981. « Un petit choix » comme il l'affirme quelques années plus tard, qui lui barre la route du Mundial espagnol et ses ambitions sportives. Le club alsacien époque post-Gilbert Gress est loin de flotter sur le toit de l'Europe et regarde plutôt vers le bas en championnat. A même pas 30 ans, la carrière d'Olivier semble déjà rouillée quand il rejoint l'Olympique Lyonnais en 1984. Un O.L pré-Aulas qui végète alors en D2, que l'actuel boss des Gones reprend un an après le départ d'Olivier Rouyer (1986) pour le monde amateur et une fin de carrière dans l'anonymat ou presque. Mais la Rouille n'a aucun regret, et c'est bien là le principal, ou peut-être celui de ne pas avoir assez entendu la Marseillaise. « Parce qu'elle m'émeut, je n'y peux rien, je suis comme ça » dit-il, avec des trémolos dans la voix. Et c'est reparti pour un tour.

Visiblement Platoche et la Rouille sont contents de voir la tour Eiffel.

0 commentaires:

Enregistrer un commentaire