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Stadium view. GIUSEPPE SINIGAGLIA.


Stade : GIUSEPPE SINIGAGLIA. 
Lieu : CÔME. 
Pays : ITALIE. 
Club résident : COMO CALCIO 1907. 
Année : 80's.

« Je ne pensais pas que je verrais une chose aussi divinement belle. Le stade est merveilleux, la ville est merveilleuse. La ville de Côme, qui a réalisé ce travail, est désormais à l'avant-garde des villes italiennes grâce à la confection des édifices sportifs souhaités par le Duce et bâtis sous le régime fasciste. » Des paroles aux relents de chemises noires nauséabondes à mettre au crédit de Lando Ferretti, président du CONI (le comité olympique italien) de 1925 à 1928, lorsqu'il découvre, admiratif, en juillet 1927 le stadio comunale di Como, premier ouvrage public du régime fasciste.

L'homme, un pro-mussolinien de la première heure, ne mégote pas sur les superlatifs à l'endroit de son œuvre, confiée à l'architecte milanais Giovanni Greppi (1884-1960), surtout connu pour ses projets de cimetières militaires. Les travaux, commencés en octobre 1926 sur un terrain donné par le maire de l'époque, un certain Baragiola, sont achevés en un temps record afin d'accueillir les célébrations du centenaire de la mort d'Alessandro Volta (1745-1827), célèbre physicien connu pour l'invention de la pile électrique, et natif de la cité lombarde. Situé dans un cadre majestueux, sur les bords du lac, l'enceinte est baptisée stadio Giuseppe Sinigaglia, en l'honneur du jeune athlète (aviron) de la ville, soldat volontaire mort au combat en héros durant la Première Guerre Mondiale, le 10 août 1916, lors de la bataille du Monte San Michele. Inaugurée le 30 juillet 1927, en présence de la mère du défunt champion, invitée d'honneur, l'arène comasque fait la fierté de l'Italie, et demeure un exemple du réaménagement des terrains de sport dans la Botte, selon la vision « artistique » de Mussolini. Doté de deux pistes, une cendrée consacrée à l'athlétisme (450m) et l'autre en béton pour le cyclisme (500m), le stade de Côme présente aussi la particularité d'être équipé d'une courbe parabolique parmi les plus exigeantes d'Europe. Au total, l'édifice s'étale sur une surface de 7.200 m2 et affiche une capacité de 6.000 places.

En 1936, le stade Giuseppe Sinigaglia s'agrandît sous l'impulsion de l'Opera Nazionale Balilla (Oeuvre nationale Balilla), organisation créée sous le régime fasciste en 1926 d'après le modèle des Hitlerjugend en Allemagne. Confiée à l'architecte rationaliste Gianni Mantero, l'enceinte accueille une piscine et une salle de gymnastique. De nouveaux bureaux sont par ailleurs installés en lieu et place de la façade construite par Greppi. A la fin des années 40, au sortir de la guerre, les gradins sont surélevés afin d'augmenter sensiblement la capacité du stade. Au cours des décennies suivantes, on procède à quelques retouches notamment pour recevoir au mieux le final du Tour de Lombardie (de 1960 à 74) avant les grands changements des années 1990-2000. Les tribunes latérales passent d'abord au lifting. Puis les virages originels sont démolis pour laisser place à des tribunes tubulaires, lesquelles défigurent quelque peu la configuration initiale du stade mais permettent encore néanmoins une vue plongeante sur le lac. Celui-ci perd alors sa capacité maximale, passant de 18.000 à 13.600 places, et n'est plus un vélodrome puisqu'il a perdu ses pistes dans la bataille. Peu importe pour Deep Purple qui se produit à Sinigaglia en 2004 pour y mettre le feu au lac !

L'enceinte actuelle, demeure du Calcio Como 1907, qui ne ressemble plus vraiment à ce qu'elle fût, est sujette à polémiques. D'après une enquête poussée, le journaliste italien Angelo Saso met en évidence une possible connexion entre les cas de sclérose latérale amyothrophique de six anciens joueurs de Côme, dont certains sont décédés depuis (Albano Canazza, Adriano Lombardi et Stefano Borgonovo) et l'utilisation d'herbicides et des peintures pour l'entretien du gazon dans les années 1970-80. L'enquête pointe aussi la présence possible de déchets de combustion de charbon, de chrome, de nickel et de manganèse dans le sous-sol du stade, provenant des industries locales. Un détail plutôt encombrant pour un lieu si féerique.

STADIO GIUSEPPE SINIGAGLIA EN PHOTOS


Stadium view. HILLSBOROUGH.


Stade : HILLSBOROUGH. 
Lieu : SHEFFIELD. 
Pays : ANGLETERRE. 
Club résident : SHEFFIELD WEDNESDAY. 
Année : 80's.



Les « Hiboux » n'ont pas toujours joué à Hillsborough. Il est arrivé à Sheffield Wednesday de fouler la pelouse de Bramall Lane, l'antre du club rival de la ville : United. C'était à la fin du XIXème siècle. Avant que les dirigeants des « Owls » ne trouvent un terrain du côté du quartier d'Owlerton justement, et que le génial Archibald Leitch ne dessine dans son bureau les premiers plans du futur stade de Wednesday. Le 2 septembre 1899, Sheffield Wednesday pénètre pour la première fois dans sa nouvelle enceinte, à l'occasion d'un match contre Chesterfield. Quatre-vingt dix ans plus tard, le stade de Hillsborough, qui a accueilli la coupe du Monde 1966, est le théâtre d'un drame qui endeuille l'Angleterre, et laisse des traces indélébiles aux habitants de Liverpool.

Le 15 avril 1989, les derniers bus en provenance de Liverpool arrivent en retard, et dégueulent des centaines de supporters des Reds qui ne veulent pas rater le coup d'envoi et se pressent vers les tourniquets. C'est toujours la bousculade avec les Reds, l'un des clubs les plus populaires du pays. Le coup d'envoi entre Liverpool et Nottingham Forest, demi-finale de la Cup, a lieu dans pas longtemps et des milliers d'autres fans ont déjà investi la « West Stand », laquelle accueille les supporters adverses lors des matches de Wednesday à domicile. Celle-ci a d'ailleurs été équipée de grillages depuis peu, comme dans bon nombre de stades anglais, afin de lutter contre le hooliganisme et les envahissements de terrain. A l'extérieur, la Police du Comté ne sait plus que faire avec les milliers de fans qui s'entassent devant les tourniquets, et ordonne l'ouverture d'une autre entrée sans trop réfléchir aux conséquences . La marée rouge s'y précipite et se dirige vers les zones bondées de la tribune ouest, qui provoque un mouvement de foule et les premiers spectateurs comprimés contre le grillage. La rencontre a débuté depuis six minutes lorsqu'elle est interrompue par des spectateurs venus trouver refuge sur la pelouse, alors que se déploie une attaque de Nottingham sur l'aile droite. C'est la dernière action du match. Le reste se passe de commentaires et tient en quatre mots. Quatre-vingts seize morts ! Cinq ans après le drame du Heysel où les supporters des Reds sont impliqués, Liverpool paie à nouveau un lourd tribut au football malgré des circonstances différentes, même si certains ont tenté de faire croire le contraire afin de minimiser les responsabilités de la police dans ce drame.


Trois jours après la tragédie, le tabloïd « The Sun » publie un article à charge - THE THRUTH - contre les supporters de Liverpool, dans lequel le journaliste affirme que les fans étaient ivres et attaquaient les forces de polices et les secouristes. Tous les défunts n'ont visiblement pas le droit de reposer en paix, et les familles des victimes de vivre un deuil décent. Pour beaucoup en Angleterre, le supporter de Liverpool garde cette image écornée de Bruxelles, et en aucun cas la police n'est à mettre en cause dans pareil drame. Sur les bords de la Mersey, on organise la résistance et la réhabilitation de la mémoire, des victimes et leurs familles, par la voie du boycott du journal dans la ville. Quelques années plus tard, l'auteur du papier se confond en excuses, prétextant avoir été trompé par ses sources, dont certaines policières.

Ce n'est que vingt après la tragédie que la vérité sort enfin. Grâce au travail d'une commission d'enquête indépendante qui accable la police dans son rapport final rendu public. Celle-ci a donné de fausses informations à la presse et censuré des témoignages dans le but de faire porter la responsabilité de la catastrophe aux seuls fans des Reds. Or, selon la conclusion du rapport sorti en 2012, « la tragédie d'Hillsborough a été provoquée par une affluence massive, et l'incapacité des forces de l'ordre à gérer la foule ». Dans la foulée, le premier ministre David Cameron demande aussi pardon à Liverpool : « au nom du gouvernement, et du pays tout entier, je veux dire que je suis profondément désolé de cette double injustice, qui est restée en l'état pendant si longtemps ». Justice est rendue et vingt-cinq ans après les faits, pas sûr qu'elle ajoute du baume au cœur aux familles des victimes qui continuent d'honorer la mémoire d'un disparu. Comme Steven Gerrard, dont « la réaction de ses proches l'a poussé à devenir le joueur que je suis devenu ». Le capitaine des Reds avait un cousin, Jon-Paul, dix ans, présent ce 15 avril 1989 à Hillsborough. Il n'en est jamais revenu et demeure la plus jeune victime de cette tragédie.


Stadium view. DOLICEK.


Stade : DOLICEK. 
Lieu : PRAGUE. 
Pays : RÉPUBLIQUE TCHÈQUE. 
Club résident : BOHEMIANS 1905. 
Année : avril 2013. (photos : SR).

C'est par la ligne 22 depuis I.P Pavlova, à quelques pas du centre historique de la capitale de la République tchèque (mon point de chute durant mon séjour à Prague), que le tram vous dépose au pied de la vieille enceinte des Kangourous, après cinq-six stations et un petit quart d'heure de transport. Ďolíček, l'antre des Bohemians 1905, survit tant bien que mal à l'usure du temps. Situé à l'Est de la ville, dans ces quartiers oubliés par les touristes, surveillé par les bébés de la tour de retransmission Žižkov, dernier vestige de l'époque communiste construite à la fin des années 80 qui se dresse au Nord sur Vinohrady, et coincé entre le parking du stade, sorte de terrain vague bosselé, des cours de tennis et les immeubles de la Sportovni, la rue qui descend rejoindre Vršovická, l'adresse du siège, l'enceinte des Verts est en sursis depuis quelques temps déjà. Usé par le poids des ans, épargné par les vagues de rénovation, Ďolíček vivote et se repose sur sa gloire d'antan, les 18.000 spectateurs serrés comme des sardines dans les travées, qui nous ramène à trois décennies en arrière. Les Kangourous - Koklani en langage local - remportent le championnat tchèque, le seul et unique inscrit au palmarès du club à ce jour (1982-83), et mènent en parallèle une épopée en coupe UEFA, éliminés en demi-finale par le futur vainqueur Anderlecht. Dundee Utd, Servette de Genève et Admira Wacker sombrent chacun leur tour dans ce vaisseau de poutrelles métalliques et de bancs en bois. C'est ici, par un froid mercredi après-midi de novembre 82, que les Verts de Saint-Etienne perdent leurs dernières illusions européennes, fessés par onze Bohemians galvanisés par un public en transe. Aujourd'hui, la maison des Kangourous est sous respiration artificielle, entretenu grâce aux dons et la passion dévorante d'un collectif de supporters qui se bat pour la restauration et la réhabilitation d'un bâtiment en perdition, lequel vient de fêter ses 81 printemps et quelques dents en moins.

  • Quand on dit Ďolíček, tout le monde sait que l'on parle des Bohemians. Et quand on parle des Bohemians, les gens pensent immédiatement à Ďolíček. (Antonin Panenka).

Ďolíček a guère connu de changements depuis son inauguration le 27 mars 1932. Bohemka (c'est l'autre surnom du club) accueille pour l'occasion le rival local Slavia Prague. Une dizaine de milliers de spectateurs assistent à l’événement et se pressent aux guichets de la nouvelle enceinte initialement baptisée Dannerův. Les supporters préférant Ďolíček, le premier stade du Bohemians à ses débuts en fait, le nom est ainsi resté. Et devenu un patrimoine pour une poignée de fidèles qui travaille à la préservation du site, souvent menacé de destruction dans son histoire. Comme au sortir de la Seconde Guerre, vers 1946-47, lorsque la commission du plan d'État décide de changer la physionomie du quartier de Vršovic. Ďolíček passe à deux doigts du rasage intégral, mais fait toujours partie du décor. Et connait même une première petite révolution au début des années 1970 avec la construction d'une tribune principale, laquelle abrite des cabines de presse qui paraissent ne pas avoir beaucoup évolué depuis lors. Le temps semble s'être arrêté à Ďolíček, victime des plus folles rumeurs en 2010, lorsqu'un groupe de promoteurs immobilier entend faire du stade un centre commercial. Une nouvelle attaque contre un monument du football pragois qui provoque l'ire et la gronde des supporters locaux, des fans du Slavia également et d'autres équipes. Une horde d'ultras, de papys et mamies, jeunes et moins, réunis en association pour sauver un chef d'œuvre en péril plus vraiment conforme au règlement de la ligue tchèque. La Bohemka est même obligée de déménager à 1 kilomètre de là, au stadion Eden, chez son rival du Slavia, si elle veut évoluer en première division. Sauvé in extremis de la destruction, Ďolíček fait peau neuve grâce au soutien de son collectif créé pour sa défense. L'enceinte peut accueillir aujourd'hui 6.500 spectateurs. Une capacité à minima à cause de la pose de sièges pour des raisons de sécurité (places assises obligatoires). L'association se bat aussi actuellement pour récolter des fonds en vue d'installer une pelouse chauffée. Un projet de rénovation complète est également en cours de réflexion. Pendant ce temps, Ďolíček tient toujours debout, ouvert à tous les vents, où résonne encore sous la tribune d'honneur qui abrite la boutique officielle du club, l'écho des folles soirées européennes et des exploits en championnat. La vitrine, et le musée des Bohemians en quelque sorte. Un sentiment partagé par Antonin Panenka. L'ancienne gloire des Bohemians (treize saisons de 1968 à 81) considère le stade qui l'a vu éclore comme le centre de vie du club. Son cœur et son poumon. Des organes vitaux qu'il faut à tout prix conserver, pour la mémoire et l'identité bohemka. « Ďolíček appartient définitivement au club, et les Bohemians appartiennent à Ďolíček, revendique le tireur de pénalty. Le club est installé ici depuis plusieurs décennies. Depuis le début, il n'y a qu'une équipe, les Bohemians, qui jouent ici. Les Bohemians ont toujours joué là et j'espère qu'ils continueront de s'y produire. Tous ceux qui appartiennent au monde du football tchèque savent ce que Ďolíček représente. Quand on dit Ďolíček, tout le monde sait que l'on parle des Bohemians. Et quand on parle des Bohemians, les gens pensent immédiatement à Ďolíček. L'un ne va pas sans l'autre, un peu comme des jumeaux. »


Liens :
Comité de soutien : Ďolíček.
Plus de photos : vintage football club & panini haircut band.

ERIC SERRA-TOSIO (Dionysos). Le fou du stade.

Il y a quelques années (ça doit remonter à l'hiver 2005) The Vintage Football Club - qui n'existait encore pas - évoquait avec Eric Serra-Tosio, batteur au sein du groupe Dionysos, sa passion pour les stades de football. Un hobby qu'il emmène avec lui dans le tour-bus puisque Rico profite des tournées de sa formation à l'époque pour visiter des enceintes à travers toute l'Europe. Eric Serra-Tosio est en fait un ground-hopper, qui n'hésite pas à enjamber les grilles pour shooter ces temples du football afin de les reproduire par la suite en version miniature. Bercé par la nostalgie, le batteur fou confie sa préférence pour les vieilles pierres et les stades à l'ancienne, chargés d'histoires et au passé rempli de souvenirs. Retour sur un entretien un peu « against modern football » et la qatarisation des esprits. 
(in Spartak fanzine - épuisé – 2005).


V.F.C : J'ai appris que tu fabriquais des stades à échelle miniature en t'appuyant sur ta collection de photo personnelle. Comment t'y prends-tu, avec quelle matière, combien de temps cela te demande et le nombre de maquettes réalisées à ce jour ? E.S.T : J'ai visté plus de trois-cent-cinquante stades de 1ère et 2ème division dans le Monde, suite à mes vacances ou aux concerts. Je prends alors le stade en photos sous toutes ses coutures, environ un trentaine, pour le connaître sous ses moindres détails et pouvoir le reproduire fidèlement. Après je laisse jouer mon imagination et mes astuces pour fabriquer la maquette du stade visité. Tous mes stades sont fait uniquement avec un cutter, du papier-couleur, du carton, de la colle UHU et de la colle blanche. Je les fais tous à la même échelle, environ 25 cm, et cela permet de bien las comparer. En gros, il me faut 4/5 jours pour une maquette, mais les stades arrondis avec deux étages sont plus difficiles à réaliser. Aujourd'hui, j'ai une cinquantaine de stades presque terminés.

Lesquels ? Le Vélodrome de Marseille, la Mosson à Montpellier, Bollaert, Geoffroy-Guichard, le Parc des Princes, Furiani, Louis II, Celtic Park, Ibrox et Hampden à Glasgow, Wembley, Anfield Road, Highbury, San Siro, le stadio Comunale à Turin, Tardini (Parme), le Wankdorf de Berne, la Praille à Genève, le Hardturm et le Leitzigrun de Zürich....

D'où est venue cette passion pour les stades, et qu'est-ce que ça représente pour toi ? Vers six-sept ans, je me suis mis à jouer au foot avec mes copains sur la place de mon village et, par conséquent, je me suis mis à regarder les matches à la télé. Mes héros étaient alors Platini, Olmeta et l'équipe de l'OM quelques années plus tard. J'ai alors suivi leurs conquêtes, et ce ce champs de bataille qu'étai le stade que je voyais à travers ma petite lucarne me permettait de voyager et de découvrir des villes dont je ne connaissais même pas l'existence. Plus tard, en voyageant et en visitant le stade de toutes ces villes, je me remémorais les exploits de mes héros préférés et l'ambiance qu'il y avait à l'époque. Les stades me rappellent mon enfance et me permettent aussi d'assouvir mon besoin d'adrénaline. Parfois, si le stade est fermé, il faut escalader les grilles et surtout ne pas se faire mordre par le chien de garde ou surprendre par les caméras de surveillance. Chaque fois je me dis : « tu n'es pas arrivé jusqu'ici pour rester devant une grille. Il faut trouver une ouverture ». Impressionné par ces immenses vaisseaux, je me suis alors intéressé à l'architecture et à l'exploit technique de leur construction.

Quels sont, parmi tous les stades visités, ceux qui tu préfères ? Mes stades préférés sont généralement les plus vieux. Ceux qui ont une histoire. J'adore les stades asymétriques qui n'ont pas deux tribunes identiques. Mon préféré n'existe malheureusement plus. C'était le stade Jean Bouin à Nîmes. Les tribunes s'appelaient Petite Butte ou Grande Butte. Elles étaient taillées au couteau et s'encastraient dans les maisons et immeubles l'entourant. 15.000 spectateurs s'y entassaient et certains s'accrochaient aux pylônes métalliques rouillés des éclairages. L'accès au stade se faisait par de toutes petites portes en fer peintes en vert. Le vieux stade de Furiani à Bastia avait un aspect similaire. Parmi mes autres stades préférés, il y a le stadio Comunale à Turin où Platini jouait. Le vieux Hampden Park de Glasgow où St-Etienne perdît sa finale, le stade du Wankdorf à Berne où la grande équipe de Hongrie se fît surprendre par une Allemagne terrifiante. Le stade de Leipzig, antre de la doctrine communiste de la RDA avec ses 120.000 places, ressemblait à un gigantesque cratère de volcan. Et forcément, se retrouver à l'intérieur et revenir dans le passé impressionne. C'est la même chose avec le stade Olympique de Berlin où Jessie Owens fît l'affront de ridiculiser l'Allemagne devant son führer.

Stade Jean Bouin. Nîmes.

N'as-tu pas le sentiment que de nos jours la plupart des stades se ressemblent, et ressemblent de plus en plus à des centres commerciaux, des antres du libéralisme économique, plus qu'à des arènes populaires ? Effectivement. Les nouveaux stades ne sont plus des arènes populaires. Finies les places debout et les bancs en bois sur lesquels tout le monde se tenait chaud en sautant et garantissait l'ambiance. Maintenant, certains stades sont des références mais ils n'ont aucune personnalité. Le stade de France malgré la victoire de 1998 est un stade fade avec ses sièges tout gris. Il ressemble à l'aéroport Charles de Gaulle. Certes, son architecture est imposante mais l'ambiance n'y est pas. Et beaucoup de villes disent de leur stade que c'est un mini-stade de France. Quel dommage ! Malheureusement, un stade se doit d'être rentable aujourd'hui, alors ils sont tous bâtis sur le même modèle. Je préfère en tous cas les vieux stades rouillés et biscornus.

Comment fais-tu pour faire accepter ta passion au sein de Dionysos ? N'es-tu pas sujet à quelques moqueries ? Personne ne se fout de toi ? Il n'y a aucune moquerie au sein du groupe. Nous aimons les gens passionnés, et il n'y a rien de plus triste que des gens sans passion. C'est vrai, c'est farfelu mais la visite de chaque stade et les risques que je prends permet de raconter une petite histoire. En plus, la majorité du groupe aime le football. On a même visité ensemble le stade de Leipzig...

Y a t-il des gens avec qui tu partages cette passion dans le milieu où tu évolues ? Culture et football n'ont jamais fait bon ménage dans ce pays ? Beaucoup de musiciens aiment le football. Sans doute parce que l'ambiance des stades rappelle les salles de concert. On joue également devant son public et les gens font parfois la « ola ». Alors découvrir un stade ou une salle de concert, c'est un peu la même chose. Mais c'est vrai que je dois être un des seuls à visiter des stades et les reproduire en maquette. En tous cas, j'ai l'impression que la culture et le football se rapprochent de nos jours. Le football m'a permis de connaître parfaitement et de manière ludique la géographie. On peut aimer le foot, et par conséquent les stades, sans être forcément un bourrin. La culture est maintenant de plus en plus large et le football, véritable phénomène de société, y à sa place.

Le premier stade dans lequel tu as mis les pieds ? Le premier stade que j'ai visité, c'est le stade Gerland à Lyon en 1983 avec mon père.

L'émotion la plus forte que tu as connu dans un stade ? Dans un stade vide, c'est sans doute celle que j'ai connu en pénétrant sur la pelouse du vieux stadio Comunale à Turin. A chaque pas, je me transformais en Platini et je revoyais tous ses coups-francs magiques qui s'écrasaient dans ces filets à la forme caractéristique. Le stades de Berlin et de Nüremberg pour des raisons bien plus tristes m'ont également beaucoup marqué. Par contre dans un stade plein, je citerai Geoffroy-Guichard où mon père m'avait emmené en 1984. C'était le premier match de foot auquel il allait assister, et pour moi aussi. J'avais tout juste dix ans. Et ce soir-là, Platini pour son retour à St-Etienne avec sa si belle équipe de France allait donner un récital à cette accrocheuse équipe de Yougoslavie. C'était durant l'Euro. Trois buts merveilleux dont je me souviendrai toute ma vie.

Le Parc Gaston Gérard à Dijon, tu connais ? As-tu déjà eu l'occasion d'y faire une visite ? Et oui, je connais le Parc Gaston Gérard avec sa piste d'athlétisme (avant sa rénovation, ndlr) et ses tribunes latérales couvertes. Il y a de grands espaces verts autour. Je l'ai visité après un concert à La Vapeur il y a quelques années...

Dernière question. Peux-tu me situer ces stades : Auguste Delaune ? Marcel Saupin ? Emile Albeau et Yves Jaguin ? Auguste Delaune c'est Reims. Saupin, c'est Nantes. Albeau c'est Sedan et Jaguin, c'est le vieux stade de Guingamp.

Parc Gaston Gérard. Dijon. (2013 - SR)

Stadium view. LA MEINAU.


Stade: LA MEINAU. 
Lieu: STRASBOURG. 
Pays: FRANCE. 
Club résident: R.C. STRASBOURG 
Année: 1984.

En 1984, le stade de la Meinau fait peau neuve. Un lifting (nécessaire) pour l'enceinte du Racing, choisie parmi six autres villes pour accueillir des matches de l'Euro (deux au total : RFA-Portugal et Danemark-Belgique) organisé en France, dont les premiers coups de pelle remontent à 1978 avec l'accord de la municipalité. Les travaux de rénovation permettent de porter la capacité du stade à 48.000 places (à la louche) et d'en faire une réalisation moderne à l'époque, inaugurée quelques mois avant le début de la compétition, à l'occasion d'un France-RFA (17/4/1984) qui n'a d'amical que le nom (salauds de boches). En chantier pendant cinq ans, la Meinau dévoile ainsi aux Bleus - et aux hools franco-germaniques venus en découdre en Alsace - son nouveau visage avec ses places toutes couvertes (dont 17.000 assises), ses salles de soins et de conférences, son resto... Une opération à l'Américaine pour un coût de 117 millions quand même. Et quelques histoires à raconter.

Lors de la saison 1978-79, la capacité du stade est réduite à 29.500 places. L'année du titre pour le Racing. Une mauvaise coïncidence qui pousse les dirigeants strasbourgeois à ouvrir le virage Ouest (alors fermé) lors de la venue du PSG pour le compte de l'avant-dernière journée du championnat. Cinq mille supporters s'engouffrent entre les bétonnières et les brouettes pour assister à la rencontre afin de fêter le titre de leur équipe. Une ambiance de coupe d'Europe et des gens nichés sur les échafaudages, les pylônes d'éclairage ou sur le toit des tribunes pour certains. Après tout, on n'est pas tous les jours champions. D'autant que le stade s'enflamme encore une fois l'année suivante, mais pas pour les mêmes raisons. A la suite du licenciement de Gilbert Gress par le président André Bord, les supporters du Racing saccagent leur enceinte à l'occasion de la réception des Canaris, lesquels ont succédé aux Racingmen au palmarès du championnat. Insultes, charges de CRS, la Meinau s'embrase et ne se remettra jamais de cet incident. Le Racing s'enfonce dans la crise. Une parmi les autres qui s'étalent par décade. Dix ans après le début des travaux et à la veille de l'Euro 88 en Allemagne, la Meinau est le théâtre de la finale de la coupe des vainqueurs de coupes qui oppose Ajax à Malines. Aujourd'hui l'enceinte bâtie en 1906 accueille des matches amateurs et affiche une capacité de 29.000 places. C'est vraiment la crise au Racing.

La Meinau en 1972.

Stadium view. THE VALLEY.


Stade: THE VALLEY. 
Lieu: LONDRES. 
Pays: U.K. 
Club résident: CHARLTON ATHLETIC F.C. 
Année: 1970.

Un stade, c'est une histoire. Celle de « The Valley » ressemble à un conte où les fées ont été remplacées par les supporters de Charlton Athletic. Des passionnés, fidèles à leur équipe et son enceinte érigée au sud-est de Londres dès 1919. Le stade se développe par la suite au cours des décennies suivantes, et atteint même une capacité de 75.000 places avant la Seconde Guerre Mondiale. « The Valley » est alors le plus grand stade de Londres et le club évolue en First Division (depuis 1936). Une époque bénie qui se termine au cours de la saison 1956-57 lorsque Charlton est relégué en Second Division (22ème et dernier du championnat). « The Addicks » signent sans le savoir un bail avec les divisions inférieures (ils retrouvent l'élite en 1986). Une absence trop longue au plus haut niveau qui fragilise les finances du club. Au mitan des 80's, les caisses sont vides lorsque survient la catastrophe de Bradford. Le 11 mai 1985, un incendie ravage une tribune et provoque la mort de 56 personnes. Le gouvernement réagit et ordonne dans la foulée la rénovation des stades jugés trop vétustes. En proie à des difficultés financières et ne pouvant joindre des fonds pour les travaux, Charlton est dans l'obligation de quitter son enceinte au soir d'une ultime rencontre à domicile le 21 septembre, et déménage à Selhurst Park.

Match à The Valley. 1970.

Laissé à l'abandon et au bon vouloir de mère nature, les fans - rares à cette époque puisqu'ils ne sont plus guère que 5.000 en moyenne à s'entasser dans les tribunes durant la saison 1984-85 - se mobilisent pour réhabiliter l'image de leur enceinte. A partir de 1988, sans baguette magique mais à grands coups de pelle, de râteau et des litres d'huile de coude, un groupe de volontaires entame la rénovation de leur enceinte fétiche envahie par les ronces, dont les tribunes partent en lambeaux sous le poids des ans. Les irréductibles proposent même les plans d'un nouveau « Valley » à l'administration du coin afin que leur Charlton puisse revenir sur son site historique. Faute d'obtenir un permis de construire, ils fondent alors un parti - « The Valley Party » - qui présente des candidats aux élections locales de 1990. C'est un succès, à la surprise générale de tous. Le « Valley Party », qui briguait 60 des 62 sièges au conseil, obtient 11% des suffrages, près de 15.000 voix au total. Grâce à cette victoire, l'administration accorde un permis de construire au club (2 avril 1991) lequel inaugure sa nouvelle enceinte le 5 décembre 1992, après avoir émigré un temps à Upton Park pendant la durée des travaux. Les supporters sont ravis, heureux de retrouver leur maison bâtie au début du siècle sur les vestiges d'une ancienne carrière où l'on extrayait la craie, à la force et la sueur de quelques braves férus de football et de Charlton Athletic.

The Valley après sa rénovation au début des 90's.

Lien sur les travaux de rénovation de The Valley : 

Stadium view. ESTADIO NACIONAL.


Stade: ESTADIO NACIONAL DO JAMOR.
Lieu: LISBONNE.
Pays: PORTUGAL.
Club résident: EQUIPE NATIONALE.
Année: 2000's.


Inauguré en juin 1944, le stade National du Portugal (Estádio Nacional do Jamor, son nom d'origine) est l'œuvre de Miguel Rosa Jacobetty. L'architecte portugais, consulté par le ministre des Travaux Publics Duarte Pacheco, s'inspire notamment du stade olympique de Berlin pour réaliser une enceinte moderne et pratique, idéale à la promotion du sport et aux grandes manifestations publiques selon les principes politiques en vigueur (et en rigueur) dans le pays à l'époque. Depuis la fin des années 20, le Portugal marche en effet au pas, sous l'impulsion du docteur Antonio de Oliveira Salazar et ses généraux qui instaurent l'Estado Novo à partir des années 30. Une doctrine qui se rapproche du régime fasciste italien. C'est dans ce contexte que la première pierre de l'estadio Nacional est posée en 1939 à Oeiras, un quartier dans la banlieue Ouest de Lisbonne.

Billetterie et toilettes.

Après cinq ans de travaux, O estádio Nacional do Jamor accueille sa première finale de coupe du Portugal en 1946. L'enceinte devient d'ailleurs le théâtre privilégié des éditions suivantes jusqu'à nos jours malgré une capacité réduite à 37.000 places (48.000 à l'origine). Depuis sa création, seules cinq finales ont pris rendez-vous ailleurs que dans l'enceinte imaginée par Jacobetty. Peu utilisé, le complexe de Jamor sert tout de même à la sélection portugaise pour ses matches internationaux de 1944 à 2003. Mais à l'heure de l'Euro 2004, l'Etat oublie son temple dans son programme de rénovation des enceintes susceptibles d'accueillir la compétition. L'estádio Nacional paie par là son manque d'utilisation, ce dont profite les autres stades de Lisbonne (Da Luz, Alvalade) et des grandes villes portugaises (Porto, Braga, Aveiro). Quelque peu délabré, O estádio Nacional do Jamor fait désormais figure d'un vieux monument inscrit au patrimoine footballistique des supporters portugais. Et Écossais. C'est dans ce lieu que Celtic remporte la coupe des clubs champions en 1967 contre l'Inter, et gagnent un surmon: « The Lisbon Lions ».



Tribune présidentielle.

Stadium view. CAMP NOU.


Stade: CAMP NOU.
Lieu: BARCELONE.
Pays: ESPAGNE.
Club résident: F.C BARCELONA.
Année: 70's/80's.


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