Alors, EURO ? Todor Veselinović nique la mort.

Les exploits sportifs peuvent avoir parfois des conséquences désastreuses sur la santé. Surtout quand on est la victime directe des coups de génie de l'adversaire. C'est du moins ce que pense Todor Veselinović aujourd'hui, lequel profite d'une retraite paisible et bien méritée chez lui en Serbie, à 80 ans passés, après avoir vu sa dernière heure arriver en compétition officielle alors qu'il dirige la sélection yougoslave pendant l'Euro 84 en France.

Né un 22 octobre à Novi Sad, Todor Veselinović, que ses amis surnomment « Toza » avec tendresse, a vécu une carrière de footballeur bien remplie à la pointe de l'attaque du FK Vojvodina et de l'équipe nationale de Yougoslavie. Quatre titres de meilleur buteur du championnat (1956, 57, 58 et 61) - il est toujours le meilleur scoreur de l'histoire du club - et quelques 37 sélections internationales durant lesquelles il plante 28 buts (de 1953 à 61), « Toza » est une fine gâchette. Un buteur-né qui brille par son sens de la finition de l'autre côté du rideau de fer et lors des coupes du Monde auxquelles il participe (1954 et 58) avant se s'expatrier à l'Ouest vers la trentaine. En Italie (Sampdoria), l'Autriche ensuite (First Vienna) et la Belgique (Union St-Gilloise) puis un retour en Autriche à Klagenfurt où il termine sa carrière en qualité d'entraîneur-joueur à la fin des sixties. Une reconversion presque normale pour l'ex-international qui le pousse à voyager à travers le Monde, en Colombie (Indepediente Santa Fé, de 1969 à 71) et en Grèce (Olympiakos, de 1977 à 80) notamment, ou faire partager son expérience à son club formateur (entre 1974 et 77) avant de prendre en main le destin de la sélection yougoslave après le mundial espagnol (1982). Une expérience au niveau international - pas une première pour lui puisqu'il dirige la Colombie pendant une année (1972-73) - débutée sur de bonnes bases. La Yougoslavie, à la lutte dans son groupe avec le Pays de Galles, se qualifie en effet pour l'Euro 84. Une compétition qui sent un peu le sapin pour une génération dorée (Sušić, Katanec, Zlatko Vujović, Nenad et le jeune Dragan Stojković,...) et son entraîneur. Battue logiquement par la Belgique (0-2), corrigée par le Danemark (0-5), la Yougoslavie termine son tournoi face à la France à St-Etienne. C'est le retour de Platoche dans le « Chaudron ». Un rendez-vous à ne pas manquer pour le capitaine des Bleus. L'ancien Vert ne rate pas l'occasion de se mettre (encore une fois) en évidence.

L'équipe de France menée à la mi-temps, Platini s'offre un triplé (son deuxième après la Belgique) dès la reprise et fait chavirer Geoffroy-Guichard de bonheur, qui ne se doute pas du drame qui se joue sur la pelouse. Sur son banc, miné par une nouvelle défaite des siens et l'exploit du bianconero, Todor Veselinović vire au pâle, victime d'une attaque cardiaque. Pris en charge par les médecins, le coach yougoslave est évacué du terrain sur une civière, les yeux révulsés, et n'assiste pas à la fin de la rencontre. C'est une autre partie qui commence pour lui, entre le pré et la grande prairie. Avec un dénouement heureux pour le sélectionneur qui quitte son poste à sa sortie de l'hôpital avant de reprendre du service en Turquie quelques semaines plus tard aux commandes de Fenerbahçe SK. « Toza » remporte même le titre de champion dès la fin de sa première saison (1984-85) avec le club stambouliote. La bête a repris du poil après avoir tutoyé la mort. Et Todor de se sentir fort comme un Turc depuis cet épisode à ranger du côté des mauvais souvenirs, attendant tranquillement son heure. Celle qu'il aura choisi...

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