SOCRATES. Mort d'un démocrate.


Le mauvais clin d'oeil de l'Histoire. Un concours de circonstance malheureux qui résonne comme un vibrant hommage à la mémoire de Socratès disparu trop tôt. Le jour où les Corinthians remportent le cinquième titre de son histoire - club où il évolua de 1978 à 84 et créa la démocratie corinthiane - « doctor Socrates », le frère de l'ancien Parisien Raï, tire un trait définitif sur le foot, la politique et la vie à la suite d'une infection intestinale.

Le football international perd ainsi une éminence. Plus qu'un joueur, une conscience politique. Avec son look de révolutionnaire - le bandana griffé de messages dans les cheveux et la barbe qui l'installe au rang d'intellectuel – Socratès, de son vrai nom Sócrates Brasileiro Sampaio de Souza Vieira de Oliveira, incarne une autre idée du foot et lui donne une conscience à travers ses actions politiques et ses goûts culturels. Des débuts à Botafogo en 1974, les mémoires du Che et un doctorat de médecine en poche, Socratès rejoint les Corinthians de Sao Paulo pour mener le combat. Un partisan qui lutte contre la dictature militaire au pouvoir et instaure, avec ses coéquipiers, la « démocratie corinthiane » dans l'équipe. Chaque décision liée à la vie du club est soumise au vote des joueurs qui n'hésitent pas à inscrire le mot démocratie sur leurs maillots. Leader naturel sur et hors du terrain aux Corinthians (de 1978 à 84), Socratès s'exile par la suite en Europe et choisit l'Italie. La Dolce Vita à la Fiorentina la trentaine bien tassée - un style de vie qui convient bien au capitaine auriverde, lui qui a pour habitude de promener sa longue dégaine élancée avec nonchalance sur le pré - Socratès marche sur les traces de Zico et Pelé quand, de retour au pays, il rejoint Flamengo et Santos. Puis sonne le coup de sifflet final après un dernier passage à Botafogo, là où tout avait commencé pour lui.

La dictature militaire tombée en 1985, Socratès continue la lutte politique auprès de Lula, président du parti des travailleurs qu'il rejoint à sa fondation (1980). Mais le terrain sportif lui manque et Socratès tombe dans la picole tout en tentant d'oublier ses déboires avec la Seleçao malgré une génération de rêve. Si les Français sont les Brésiliens de l'Europe, les Brésiliens sont universels avec Zico, Falcao, Junior, Eder, puis Careca, Julio Cesar, Alemao et le Doc, battus de vouloir trop jouer avec la rigueur italienne en 82, et au poteau face à la France au cours du match du siècle en 86. Socratès manque son tir au but et ne gagnera jamais la coupe du Monde. Une cause perdue et la pire des injustices au regard de sa loyauté et son engagement sur la pelouse et dans la vie qui le quitte à 57 ans. Le combat de trop contre plus fort que lui pour une fois.


0 commentaires:

Enregistrer un commentaire