BIO EXPRESS DEGRADABLE. Jürgen Sparwasser.

JÜRGEN SPARWASSER.
Grâce à son but historique contre la RFA lors du duel fratricide qui oppose les deux Allemagne à Hambourg durant la coupe du Monde 1974, Jürgen Sparwasser devient une sorte de héros, un symbole de la lutte contre le fascisme et le capitalisme comme on aime les fabriquer dans les pays de l'Est à l'époque des deux blocs. Pas vraiment une aubaine pour celui qui compose plus qu'il ne collabore avec le régime - le SED - lequel exploite ce succès de manière temporaire, l'impact des J.O étant plus important aux yeux des dirigeants de la RDA avec la présence d'athlètes américains, dont l'intéressé tire peu de profit malgré les rumeurs sur son compte qu'il tacle à pieds joints : « On a dit que j'avais été richement récompensé avec une voiture, une maison et une prime en espèce, mais ce n'est pas vrai ». Jürgen Sparwasser, qui préfère le foot à la politique, n'est pas un inconditionnel du parti ni de ses méthodes et paiera au prix fort son manque de loyauté juste avant la chute du Mur, 15 ans après son exploit perdu dans les archives de la Stasi depuis fort longtemps.


Né à Halberstadt au sortir de la guerre le 4 juin 1948 en zone d'occupation soviétique, Jürgen Sparwasser apprend très vite à jongler entre le bien et le mal avant de s'exercer avec un ballon. En Allemagne, la cohabitation entre les Alliés ne cesse de se dégrader sous l'influence des deux puissances dominantes qui contrôlent le pays, lesquelles s'opposent et rompent tout échange diplomatique sur le statut de Berlin-Ouest qui débouche sur le blocus de la ville ordonné par l'URSS. Nous sommes le 24 juin, Jürgen n'a pas encore un mois mais déjà une vie bien conditionnée. La bataille de Berlin perdue, les Soviétiques instituent alors la RDA le 7 octobre 1949 en réponse à la création de la RFA quelques mois auparavant côté Ouest. Dans sa petite ville natale de 40.000 âmes coincée entre le rideau de fer et Magdebourg, Sparwasser apprend à marcher droit et taper dans la balle sous l'impulsion du père, entraîneur de l'équipe locale - BSG Lokomotive Halberstadt - que Jürgen intègre à 12 ans, et pépinière régionale du SC Aufbau Magdebourg qui forme les juniors du F.C Magdebourg. DDR style. La carrière du jeune milieu de terrain est toute tracée d'autant que Jürgen montre de bonnes dispositions vite remarquées par les dirigeants de l'équipe nationale junior est-allemande. Lors de sa première sélection contre la Bulgarie en 1964, il inscrit le but de la victoire. A 16 ans, Sparwasser a son destin (presque) entre les pieds et remporte dans la foulée le tournoi international junior de l'UEFA avec sa sélection (1965) aux dépens de l'Angleterre (3-2). Jürgen ouvre la marque et frappe à la porte de l'équipe première du F.C Magdebourg qui lui donne sa chance juste avant ses 18 ans, le 26 février 1966, contre Hansa Rostock. Quinze jours plus tard, le milieu est-allemand ouvre son compteur but en Oberliga contre Rot-Weiß Erfurt (12/3/1966). Une saison marquée par un bilan timide (6 matches/2 buts) mais plein d'espoir avec la satisfaction d'honorer pour la première fois le maillot des – de 21 ans la même année. Une sélection (7 au total) avec laquelle il ira chercher la médaille de bronze aux J.O de Münich (1972).


Dès l'exercice suivant, Sparwasser s'impose dans l'équipe et devient un titulaire indiscutable. Un statut qui ne le quitte plus jusqu'à la retraite et facilité par la descente de son club à l'échelon inférieur. Meilleur buteur de l'équipe (22 buts), Sparwasser participe activement à la remontée (1966-67) et permet par la suite à Magdebourg de s'installer durablement vers le haut du tableau, en terminant meilleur canonnier du club pendant trois années successives (1968, 69 et 70). Des titres honorifiques qui ne remplacent pas un vrai trophée qui tarde à venir malgré son jeune âge. Jürgen patiente jusqu'à la fin de la saison 1969. Cette année-là, Magdebourg remporte pour la 3ème fois de son histoire la coupe de RDA après les succès de 1964 et 65. Vainqueur à quatre autres reprises (1973, 78, 79 et 83), le club du bord de l'Elbe est d'ailleurs co-détenteur du record de victoires (7), un titre qu'il partage avec Dynamo Dresde. Une coupe dans les mains, Jürgen Sparwasser goûte aussi aux amuses-gueules et une première sélection chez les A - contre le Chili (22/6/1969) - avec qui il entretient des rapports ambigus. Pas vraiment un taulier malgré ses 53 capes (15 buts) et sa participation aux tournois majeurs (J.O et coupe du Monde). Peu importe, Sparwasser se concentre sur son club et connaît ses meilleures années à l'aube des seventies. Sous la houlette de l'entraîneur Heinz Krügel, Magdebourg remporte trois titres de champions (1972, 74 et 75) et écrase la concurrence en RDA, voir ailleurs. Le point culminant de cette domination: la victoire en coupe des vainqueurs de coupes (C2) face au Milan A.C à Rotterdam (2-0). Magdebourg devient alors le premier club est-allemand à remporter un trophée européen. Un titre définitif aujourd'hui.


Consacré meilleur buteur de l'équipe en 74 et 76, Sparwasser perd peu à peu le fil de sa carrière à l'approche de la trentaine, et prend sa retraite au terme de la saison 1978-79 à cause d'une douleur récurrente à la hanche. A 31 ans et diplômé en génie mécanique, Sparwasser poursuit une formation de professeur d'éducation physique (1980). La reconversion classique des anciens sportifs de haut niveau dans les pays de l'Est. Mais Jürgen se heurte à ses positions politiques et son refus de collaborer activement à l'appareil de l'état malgré son intégration au parti dès 1973. Nommé entraîneur-adjoint de son club, on lui refuse le poste d'entraîneur en chef auquel il postule à plusieurs reprises. Pas assez socialiste. Sparwasser devient alors assistant de recherche à l'université de Magdebourg - la récompense pour les services rendus à la nation - et n'a plus qu'une idée en tête: fuir son pays et la répression politique subie par sa famille. En 1988, un an avant la chute du Mur, Jürgen profite d'un match à Sarrebrück avec les anciens du F.C Magdebourg pour passer à l'Ouest, chez l'ennemi, et devient pour le coup « un traitre à la patrie » selon le Neues Deutschland, quotidien est-allemand et organe officiel du SED. Le but de la 77ème minute est définitivement aux oubliettes. Sauf pour lui, et peut-être quelques nostalgiques, qui déclare avec philosophie : « Si vous voyez un jour écrit sur une tombe, Hambourg 74, tout le monde saura qui se cache en dessous ». Un secret de polichinelle en quelque sorte, comme l'histoire du maillot de Paul Breitner, mis au enchères depuis au profit d'une association caritative, qu'il garda jalousement chez lui après l'avoir échangé contre le sien dans les vestiaires du Volksparkstadion. Pour ne pas froisser les dirigeants de son pays qui avaient l'oeil sur tout. Principalement sur lui. Les héros ont rarement fait long feu en ex-RDA.

Schwarzy sort les muscles.

Un but pour l'éternité.

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